Tout comprendre sur l’effet cocktail et les perturbateurs endocriniens

Vous avez toujours rêvé de comprendre les perturbateurs endocriniens et l'effet cocktail pour briller dans les cocktails ? Cet article est fait pour vous, c'est cadeau !
Tout comprendre sur l’effet cocktail et les perturbateurs endocriniens
Date de publication : 22 Septembre 2017
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Les récentes découvertes de Vanessa Delfosse méritent d’être comprises car elles sont essentielles pour saisir les enjeux autour des pesticides. Mais pour cela, il faut décrypter un peu tout le vocabulaire. Pas de panique, BBL a fait le boulot. Mais pour tout comprendre, pas le choix, il faut aller faire un tour du côté de la cellule et des hormones.

Le système hormonal

Thyroïde, hypophyse, testicules, ovaires... On en a tous déjà entendu parlé. Ce sont des glandes endocrines. On les appelle ainsi car elles sécrètent des hormones.

hormone

Une fois libérées, les hormones sont des substances chimiques qui vont circuler dans tout le corps. La glande endocrine joue le rôle d'émetteur. L'hormone, c'est le messager.

Ce message est destiné aux cellules de notre corps. En réagissant à ce stimulus, l'ADN va être sollicité et tout un tas de réactions biochimiques dont notre corps a besoin va se mettre En Marche !

clin d'oeil malicieux
#clindoeilmalicieux

Ce système est tellement important que de petites perturbations peuvent avoir des conséquences gigantesques.

Aller, au hasard, rien que l'hormone « testostérone » a ce genre de fonctions :

  • Libido
  • Masse musculaire
  • Energie accrue
  • Production de cellules sanguines
  • Densité osseuse
  • Développement sexuel chez le mâle
  • Barbe
  • Fertilité masculine
  • etc

Il y a aussi les hormones de croissance, les hormones dites du bonheur et tant d'autres ! Je ne sais pas si vous arrivez à sentir à quel point une perturbation de ce système de communication est grave et peut conduire à tout un tas de maladies chroniques.

Récepteur endocrinien

Le récepteur endocrinien permet à la cellule de capter le message de l'hormone.

Recepteur

Ces récepteurs, qui sont d'énormes protéines, agissent en véritables nanomachines. Ils possèdent un trou qu'on appelle la « poche de liaison ». Si l'hormone vient se loger dans ce trou, alors elle « active » un mécanisme appelé « transcription ». Plusieurs réactions chimiques vont alors conduire l'hélice de l'ADN à s'ouvrir à un endroit spécial du code génétique et entrainer la production d'autres protéines.

agoniste

In fine, toutes ces protéines vont avoir de grosses conséquences sur des dizaines de fonctions vitales du corps humain (comme par exemple celles citées plus haut).

Une hormone qui rentre dans la poche de liaison d'un récepteur et qui l'active est appelée agoniste. Une hormone qui rentre dans un récepteur et qui ne l'active pas est appelée antagoniste.

antagoniste

Une antagoniste empêche alors les agonistes de venir se loger dans la poche de liaison étant donné que la place est déjà prise. C'est avec ce système ON/OFF que le corps régule la synthèse de certaines protéines.

Voilà ! On a fini l’intro. :) Vous avez officiellement suffisamment de connaissances pour comprendre les recherches de pointe sur les perturbateurs endocriniens ! Bravo !

Perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens sont des produits que le corps absorbe via la nourriture, l'eau, l'air ou même au contact avec la peau. Ils ont des propriétés proches des hormones, si bien que les récepteurs endocriniens vont carrément les confondre.

Certains sont des agonistes, d'autres sont des antagonistes.

S'ils sont du type antagoniste, ils vont empêcher l'hormone de faire son travail. Tout va se passer comme si le corps n'avait pas assez produit d'hormone.

S'ils sont du type agoniste, tout va se passer au contraire comme si le corps avait produit trop de cette hormone.

Dans les deux cas, le corps est déréglé et ne fonctionne plus normalement.

perturbateur

L'effet cocktail

Alors l’effet cocktail dans tout ça, c’est quoi ? Qu'a donc trouvé Vanessa Delfosse ?

Elle a travaillé sur un récepteur qui répond au doux nom de PXR. L'hormone sensée l'activer s’appelle SR12813.

recepteur-pxr

En gros la question à laquelle elle essayait de répondre était du genre : « Est-ce que des molécules qui lorsque prises séparément sont incapables de s'accrocher dans la poche de liaison, deviennent tout à coup capables de s'accrocher quand elles sont plusieurs ? ».

En d'autres termes, est-ce qu'une molécule qui seule ne constitue pas un perturbateur endocrinien, peut en devenir un lorsqu'elle est à plusieurs ?

Et bien la réponse, c'est : OUI ! (En tout cas pour PXR, le récepteur qu’elle a étudié).

Pire que ça ! Les petites molécules utilisées n’ont pas seulement eu le même effet que SR12813 (l'hormone sensée activer PXR, suivez un peu !) : elles ont eu un effet plus important encore ! On appelle ça la synergie.

En d'autres termes : prises séparément, elles n'activent pas le récepteur. Mais ensemble, elles l'activent de manière encore plus efficace que l'hormone prévue au départ !

perturbateurs-endocriniens

Finalement, on dit effet cocktail pour signifier que, comme dans un cocktail, l'association de plusieurs éléments se subliment les uns les autres afin de créer quelque chose de supérieur. Dans un bar, on cherchera à obtenir un meilleur goût. Dans le cas des perturbateurs endocrinien, des molécules a priori inoffensives deviennent nocives en s'associant.

Les conséquences de la découverte

Cette découverte a des conséquences énormes sur notre manière d’envisager la sécurité alimentaire et l’utilisation de la chimie pour la confection de nos plastiques, peintures, revêtements etc.

Le criblage

Définition de criblage : Techniques visant à étudier et à identifier des molécules aux propriétés nouvelles ou biologiquement actives.

Jusqu’ici, on testait les molécules une à une sur les différents récepteurs. Environ 500 perturbateurs endocriniens ont ainsi été identifiés à ce jour. Cependant, il y a entre 100 000 et 150 000 molécules d'utilisation courante et nous n'en avons testées qu'une toute petite fraction.

Ce que Vanessa Delfosse a prouvé, c’est que des molécules qu’on jugeait jusque-là assez inoffensives, lorsqu’on les met ensemble, peuvent provoquer un effet cocktail. C'est à dire qu'elles deviennent un perturbateur endocrinien capable d'activer un récepteur. Pire, certaines combinaisons sont plus efficaces que la molécule de référence qui est censée faire ça naturellement dans le corps !

Par conséquent, une conclusion s'impose : tester les molécules une à une est du coup assez obsolète car on passe à côté de l’effet cocktail. Il faudrait les tester non seulement une à une mais aussi deux à deux, et peut-être même trois à trois voire plus !

Ce n'est plus 100 000 mais des milliards[1] de combinaisons qu'on doit alors tester !

Bon, il ne serait pas très malin de tout tester, certaines combinaisons n'ont pas de sens. En effet, comme on l’a vu, la taille des molécules compte. On connaît la taille des trous des récepteurs et on connaît la taille des molécules. Ça ne servirait donc à rien de tester des molécules trop grosses (ceux qui ont déjà essayé de mettre du 36 alors qu'ils font du 44 savent de quoi on parle).

Mais tout tester, d’après Vanessa Delfosse elle-même, c’est impossible. Il y en a toujours trop. Cela fait des millions de possibilités. On est juste incapable de le faire.

La solution envisagée

Ils sont en train de tout naturellement se tourner vers la simulation informatique. Mais ils sont très loin du but. Ça n'a pas l’air gagné du tout. C'est beaucoup trop compliqué pour une petite équipe, si brillante soit-elle ! Pour cela, il faudrait sortir le carnet de chèques et attirer un très grand nombre de cerveaux brillants et expérimentés. Et encore, il faudrait avoir des experts pointus mais polyvalents : des biochimistes capables de se pencher sur le problème de la modélisation mais aussi des informaticiens sur le problème de la biochimie afin de rendre la communication interdisciplinaire capable d’aboutir. Des profils très très rares…

Conclusion

Vu les défis techniques qui se posent, on sait qu’on est très loin d’avoir un début de solution. On peut à peu prês être certain d'ignorer tous cocktails dévastateurs qui se promèneraient en ce moment dans la nature.

On sait par exemple que le tributylétain (TBT) à dose généralement trouvée dans l’environnement fait effet sur le poisson zèbre. Le TBT a un effet obésogène sur ce poisson mais aussi sur l’homme.

On rappelle aussi que très souvent, ce qui se passe en éprouvette n'est pas ce qui se passe dans la réalité. Donc même si l'effet cocktail a été prouvé en éprouvette, on ne peut pas à l'heure actuelle affirmer avec certitude qu'il se produit réellement dans le corps. Même si Vanessa Delfosse semble intimement persuadée que ces phénomènes se produisent dans la nature, la rigueur scientifique nous empêche de l'affirmer de manière catégorique.

Pour ceux qui se sentent à la hauteur de lire l'article présentant les travaux de Vanessa Delfosse, c'est par ici.

  1. Tester les molécules 2 à 2, ça donnent 100000^2 soit 10 milliards.
    Tester les molécules 3 à 3, ça donne 100000^3 soit 1 millions de milliards de combinaisons.
    Ca fait beaucoup beaucoup de tubes à essaies :).

Voir aussi :

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